| Un
point de vue ajusté admet le regard qui transforme
(Robert Geoffroy).
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Ne
pas être toujours d’accord avec nos intimes, nos proches,
les gens en général n’est pas en soi un problème.
Cela le devient quand nous en sommes affecté, quand cela se «
conflictualise ». Et, souvent, notre histoire personnelle nous
fournit beaucoup de matière susceptible de nous réactiver
émotionnellement. Cependant, il n’y a pas de fatalité
et en toutes circonstances, nous pouvons accéder à une
compréhension, user de notre intelligence, pour apaiser et dissiper
progressivement toute tendance à nous Laisser éprouver
de quelque manière que ce soit.
Si prenants, si souffrants, les conflits relationnels méritent
bien qu’on leur accorde une chronique entière, au minimum,
car ils découlent directement de la même cause que celle
des problèmes en tous genres, ces derniers constituant tous les
autres effets de nos blessures non guéries. Je parle de blessures
pour évoquer les marques qu’a laissé en nous la
manière dont nous nous sommes senti traité enfant. Ces
marques spécifiques sont devenues tout notre conditionnement.
D’abord, à un niveau simplement limité ou superficiel,
voyons sur quoi peut reposer un conflit relationnel. C’est somme
toute assez simple : soit on subit la réaction manifeste d’une
personne, on reçoit un flux d’énergie déplaisant,
soit on est soi-même en réaction à quelque chose
qui ne nous convient pas, et l’on envoie un flux qui n’est
certainement pas de nature à séduire la personne visée.
Dans les deux cas, Il y a toujours une réaction engendrée
par une interprétation. Et, « justifiée »
ou non, cette interprétation est immédiatement en cause,
à savoir qu’elle engendre le malaise éprouvé.
En somme, pour quelque raison, c’est l’autre qui est d’abord
mécontent dans le premier cas et soi-même dans le second
: il(elle) s’attendait à ce que je fasse ou ne fasse pas
ceci et ne l’obtiens pas ; je m’attendais à ce qu’autrui
fasse ou ne fasse pas cela et ne l’obtiens pas. Dans les deux
cas, exprimé ou non, un éventuel affrontement a lieu,
quelque chose de lourd est enclenché !…
Dans le conflit, de façon parfois détournée ou
confuse, chacun souffre de se sentir traité comme il s’est
senti traité enfant (ce dont il est ordinairement peu ou pas
du tout conscient), comme il continue d’avoir peur d’être
traité – allant jusqu’à provoquer la circonstance
propice pour éprouver sa vieille douleur…
Ladite circonstance se produit à la fois, parce qu’elle
est crainte (ce qui est craint inconsciemment advient) et comme pour
nous donner l’occasion de nous mettre en situation enfin de reconnaître,
ressentir, libéré ce qui n’a pas été
pleinement reconnu, ressenti, libéré. Et c’est le
manque perpétué de conscience qui provoque l’enchaînement
déploré des mêmes circonstances – l’histoire
peut être différente, mais le ressenti est identique.Quoi
qu'il en soit, notre existence n'est-elle pas parsemée de conflits relationnels,
avec (ex)conjoint(e), enfants, parents, autres membres de la famille,
amis, collègues, responsables ou voisins… ? Nous subissons ces conflits
encore et encore, nous y réagissons de diverses manières, de la plus
" cool " à la plus véhémente, mais pourrions-nous vraiment les nier,
les nier tous, les nier longtemps ? Et une autre question pourrait s'imposer
:
« Comment est-ce que je me débrouille pour m’attirer
tel conflit, pour le maintenir ? » Aïe, la question suggère
« ma » (notre) responsabilité ! Il serait dommage
d’y résister car la solution s’y trouve. «
Être responsable » signifie notamment « détenir
le pouvoir de réponse » -- nous y reviendrons.
Et questionnons-nous encore : s’il nous arrive de déplorer
un conflit, de le regretter, cela ne signifie-t-il pas, au fond, que
nous pourrions aspirer à autre chose ? C’est quoi autre
chose que le conflit ? L’inverse ? Ça serait quoi ?
Plutôt que d’être en conflit avec telle ou telle personne,
il y a fort à parier (dans la plupart des cas) que nous préférerions
nous sentir, par cette personne, compris, reconnu, valorisé,
apprécié, accueilli ou respecté…, bref aimé
d’une manière ou d’une autre. Toujours concernée,
l’attente n’est pas nécessairement plaquée
sur la personne avec qui nous vivons le désaccord restimulant
(qui nous remue). De toutes façons, diversement dirigées,
nos attentes compensatrices n’appellent rien d’autre que
des substitut d’amour, d’affection. Nous voulons être
aimé !
Et c’est bien légitime, sauf qu’il est « difficile
» de récolter ce que nous n’avons pas semé,
de récolter quand nous n’avons pas semé, et puisque
nous récoltons néanmoins, ceci ou cela, parfois ou souvent,
c’est juste que nous avons semé ! IL ne s’agit surtout
pas de noircir le tableau, soyez simplement intéressé
à découvrir quand vous ne « semez » pas –
ou éventuellement ce que vous semez. Ici, il s’agit d’observer
que « vouloir être aimé » ne signifie pas «
aimer » ; n’avons-nous pas tendance à le croire ?
Vous savez-vous aimant(e) ? Oui, en êtes-vous bien sûr ?
Alors que vous me lisez, invitez-vous (si vous le voulez) à juste
aimer, à exercer votre aptitude à aimer, à sentir
l’amour jaillissant en vous. Ne mettez pas votre attention sur
quelque destinataire de cet amour, mais sur sa source, sur votre «
cœur ». Vous pouvez ou non ressentir votre aptitude à
aimer, l’expérience peut être belle, douce, intéressante…
Observez que j’évoque là un sentiment, non pas un
geste, non pas un comportement, non pas une apparence. Certes, l’amour
jaillissant les permet, mais en son absence, ils sont de la «
fabrication d’amour » : l’humour, la sympathie, la
générosité…, souvent sont des demandes d’amour,
non pas de l’amour. Et si d’aucuns devaient se demander
comment cela est possible, je répondrais : en fait, comment pourrait-il
en être autrement ?
Si vous l’avez lue, rappelez-vous la dernière chronique
(N° 18) où j’évoque la culpabilité profondément
enracinée qui nous habite TOUS. Inconsciemment et à tort,
disais-je, nous nous croyons coupable. Et, ajoutai-je, quand nous accusons
autrui, nous ne faisons que projeter un peu de cette culpabilité,
tant elle est encombrante, moyen direct par excellence de ne toujours
pas aimer, pire de n’attendre plus rien que cette sinistre possibilité
d’évacuer un trop-plein fort envahissant. Allons-nous croire
encore, après observation, que nous pouvons nous sentir à
la fois coupable et aimant ? En fait, l’un est le contraire de
l’autre.
Comprenez bien, ici, que je ne nous accuse pas d’être coupable
et non-aimant. Je dis qu’à nous CROIRE coupable, nous nous
empêchons d’aimer. Je parle de notre aptitude à aimer
que, par voie de conséquence, nous délaissons quand nous
culpabilisons. Et c’est pour fuir cette culpabilité, que
nous voulons à tout prix, de toute urgence, être aimé
(aidé, considéré, sollicité…). Il
s’agit de démentir cette culpabilité, une vaine
tentative ! Nous cherchons auprès d’autrui le pardon que
nous nous refusons. Nous prenons ce qui nous anime alors pour de l’amour
donné quand cela n’est que de l’amour quémandé.
Offrons-nous de voir cela, de voir que ce faisant nous n’aimons
pas, de voir qu’en n’aimant pas, nous ne voyons pas l’amour,
nous ne le récoltons pas. Le voir implique que nous reconnaissons
en même temps notre aptitude à aimer et l’exercer
contribue à dissoudre la culpabilité.
Juste pour voir, décidez d’aimer ici et maintenant, l’effet
est immédiat. Vous n’y arrivez pas, alors, aimez voir cela,
aimez le découvrir, le savoir ! Et vérifiez si vous en
avez l’intention, si vous en êtes d’accord…
Quand on s’entraîne, quand on s’amuse à aimer
ainsi, en pleine conscience, quand on aime éventuellement plus
que d’ordinaire, puisqu’il y a dissipation de la culpabilité,
on découvre encore qu’il n’y a plus de peur. S’il
y a peur, il y a culpabilité, et inversement.
Et, avec l’amour, sans culpabilité et donc sans peur, jaillissent
la confiance et surtout la foi. Oui, la foi est l’effet de l’amour.
Avec la culpabilité, aussi inconscient que cela soit, on ne peut
s’attendre qu’au « pire ».
Pour nous auto-accuser, pour culpabiliser, il nous a fallu vivre des
expériences malheureuses (être blessé) desquelles
nous avons retenu, adopté un sentiment d’indignité
sous une forme ou une autre. Nous avons pu ne pas être en situation
de faire « l’expérience d’aimer » (un
article sur ce thème est disponible à la rubrique «
Ce que j’ai écrit un jour »), de quoi nous avons
déduit que nous étions non aimant (donc « coupable
»). Mais plus utile que cette compréhension est la considération
de notre positionnement actuel.
SE CROIRE COUPABLE = SE SENTIR COUPABLE = AVOIR PEUR = NE PAS RESSENTIR
L’AMOUR = NE PAS AIMER = PERPÉTUER LE MANQUE ET S’ATTENDRE
AU PIRE = SE L’ATTIRER, LE VIVRE…
Si le mot « amour » vous semble inapproprié ou comme
un peu emmiellé, relisez Le texte et remplacez-le par un autre
de votre choix (affinité, affection, compréhension…)
et remplacez « aimer » par « avoir ___ (ou ressentir
l’une de ces choses).
Et si c’est votre culpabilité qui demeure pour vous une
inconnue, au point d’en douter, sachez que Nous avons plus d’un
tours dans notre sac pour la camoufler (de façon compulsive,
être bien gentil, serviable, tolérant…, s’arranger
pour ne surtout pas déranger, s’excuser pour un rien…).
Et j’ai évoqué le « pouvoir de réponse
» qui est le nôtre – l’exercice de notre responsabilité,
comment l’assumons-nous ? De quoi est faite la « réponse
» que nous apportons ? Est-elle empreinte d’amour, d’une
intention fondamentalement bonne, ou est-elle l’expression de
quelque ressentiment ?
Nous entretenons nos conflits simplement en n’aimant point. Le
plus souvent, nous méconnaissons cela. D’autres fois, nous
pourrions croire légitime de haïr, sans voir que c’est
d’abord à nous, souvent à nous seul que nous nuisons.
Nous vivons dans un monde saturé d’animosité. Allons-nous
déplorer cela, en y surimposant notre propre fiel, en continuant
d’ignorer notre aptitude à aimer qui, en fait, est également
un besoin fondamental ? Tout besoin non satisfait, par nous-même,
aboutit à la misère. L’amour non ressenti mène
à l’adversité.
Tout cela semble un peu théorique, alors qu’il est question
d’amour, mais la compréhension peut en faciliter le retour.
Quel risque y aurait-il à aimer ? Et s’il y en avait un,
le ressentiment et la culpabilité pourraient-ils l’éliminer
?
Jusqu’à notre dernier souffle, nous pouvons et pourrons
aimer. Rien ni personne ne pourra nous en empêcher. Jamais, cela
ne sera sans effet. « S’ils n’auront pas notre liberté
de penser », comme le proclame une chanson à succès,
il est une liberté plus grande encore, assurément plus
féconde, qui jamais ne nous fera défaut, et c’est
celle d’aimer, celle d’exercer notre aptitude à aimer.
Alors, n’hésitons pas à en abuser et nous verrons
notamment se raréfier les conflits relationnels…
A
partir de ces quelques réflexions, délivrées selon
l’inspiration du moment, sentez-vous libre de questionner, d’exprimer
vos éventuelles incompréhensions, de communiquer avec
moi :
infos@geoffroyrobert.com
Et pour développer d’autres sujets, j’examinerai toute demande avec
le plus vif intérêt.
Dans le partage,
Robert Geoffroy
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