| Un
point de vue ajusté admet le regard qui transforme
(Robert Geoffroy).
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Débutons
cette nouvelle chronique avec un extrait de la chronique du mois dernier
(N° 28) :
« Ordinairement, d’un côté, on veut se débarrasser
de ceci, ne plus avoir à endurer cela ; d’un autre côté,
on veut réussir, acquérir des biens, trouver le bon partenaire,
les bonnes personnes… Dans un cas comme dans l’autre, n’est-ce
pas pour « se sentir bien » ? N’est-ce pas dire que
nous recherchons une certaine qualité de ressenti ? Eh bien,
c’est dire également que nous résistons à
accueillir le ressenti qui est là, qui ne dure que du fait même
de cette résistance. Il a juste besoin d’être reconnu
enfin, d’être accueilli en conscience, de recevoir notre
écoute bienveillante, notre attention sans intention… »
À partir de ce paragraphe repris, nous allons tenter d’apporter
des précisions, d’aller beaucoup plus loin. En désignant
notre résistance habituelle à accueillir ce qui se présente
à nous (aussi en terme de ressenti), ces lignes ne suggèrent
pas de ne pas prendre de décisions, ni de ne rien faire pour
améliorer notre situation. En maintes circonstances, il est d’ailleurs
fort utile de vérifier les décisions que nous ne prenons
pas, les actes possibles que nous ne posons pas.
En fait, notre attention est fixée, soit sur un désir
persistant, sur des envies ou caprices qui changent au gré des
circonstances, sur des attentes souvent indéfinies…, soit
sur des pensées ou monologues mentaux hostiles ou nourris par
la peur, les regrets, les remords, la honte, la culpabilité.
Nous ne voyons pas que, soit nous n’agissons pas (ou si peu),
soit nous continuons de faire ce qui jamais ne nous comble (jamais de
façon durable).
Ces positionnements ou modes de « fonctionnement » reposent
sur nos blessures non guéries ; ils sont logiques, compréhensibles,
et il n’y a pas lieu de nous les reprocher. Sachons simplement
que la conscience peut nous en libérer. J’appelle «
blessures » ce qui, dans notre prime enfance, nous a heurté
et conditionné durablement. Il s’agit de la manière
dont nous nous sommes sentis traités. Généralement,
le conditionnement est tel que nous ne faisons pas le lien entre ce
que nous endurons aujourd’hui et ce qui a marqué le début
de notre existence. À cet égard, mentionnons encore que
ce qui se passe autour de notre naissance (incluant la gestation) et
autour de notre conception détermine globalement nos conditions
de vie et que cette période fondatrice est étroitement
liée à nos ascendances maternelle et paternelle (nous
pourrions y revenir).
Maintenant, observons aussi qu’il nous arrive « bien des
fois » de relâcher cette double tendance à désirer,
envier, nourrir l’attente, d’une part, et à éprouver
de la culpabilité ou du ressentiment, d’autre part. Voici
que notre attention est fixée sur le jeu, le travail, l’activité
du moment (lecture, écriture, toute autre tâche, aussi
manuelle)… Connaissons-nous notre pouvoir d’attention que
nous utilisons quoi qu’il en soit ? N’est-ce pas intéressant
de juste réaliser que, la plupart du temps, notre attention est
fixée sur des souhaits que l’on s’avoue à
peine, sur des réactions émotionnelles ou sur une activité
prenante ?
Bien sûr, nous dirigeons notre attention sur ces diverses choses
sans conscience. On pourrait dire que nous nous laissons faire
: nous n’agissons pas, nous « sommes agi » ; nous
ne pensons pas, nous « sommes pensés ». En somme,
le premier paragraphe de cette chronique suggère de retrouver
et d’utiliser en conscience notre « pouvoir d’attention
». Il rappelle un autre positionnement ou état d’être,
différent des trois options que nous venons d’évoquer
et dans lesquelles nous nous perdons ordinairement. Il s’agit
de la « présence », d’être présent
à ce qui est, de l’accueil de ce qui est, de l’observation
consciente…
Ce qui est, ICI ET MAINTENANT, l’instant présent,
est Silence, Espace, Conscience, Vie, Être, Calme, Immobilité,
y compris quand Cela permet (toujours ici et maintenant) la forme de
ces mots sous nos yeux, d’une fleur, d’un son, d’une
odeur, d’un goût, d’une sensation, d’un obstacle,
d’une personne… La conscience de l’instant présent
est d’abord celle de la forme qu’il prend. La forme ne peut
exister sans l’espace qu’elle occupe, le son sans le silence
d’où il émerge, la tension sans la détente
ou la souplesse qui la permet…
La forme change, sans cesse, mais l’instant présent demeure
égal, non affecté. Il en est ainsi que nous en soyons
conscients ou non. Mais ne pas être conscient, c’est souvent
être effet, être objet, être…, la forme. Être
conscient, être présent, c’est être, vivre
ce qui la sous-tend. Nous nous éprouvons comme effet ou nous
sommes cause, en conscience. Dès lors, de la conscience vigilante,
nous voyons, nous ressentons, nous comprenons, la vérité
se révèle.
Le cas échéant, tranquillement, nous découvrons
que nous sommes bien plus intéressés à désirer,
envier, revendiquer ou simplement attendre qu’à vivre,
qu’à recevoir « l’objet » du désir,
de l’envie, de la revendication ou de l’attente. Oui, cela
semble fou, incroyable, mais tel est le fonctionnement humain.
De la même façon, nous sommes bien plus intéressés
à déplorer un problème (en s’y soumettant,
en s’en plaignant, en s’en indignant ou en le ruminant)
qu’à le résoudre. Nous ne résisterions plus
à voir cela si nous savions, en définitive, que c’est
notre seul obstacle pour parvenir à l’apaisement.
Faites ce test : pensez à ce à quoi vous aspirez (ce que
vous voulez : réaliser ou résoudre quelque chose) et permettez-vous
de ressentir la joie, la satisfaction de l’avoir atteint. Croyez-vous
que c’est impossible ? Croyez-vous que c’est fou ? Pourtant,
sinon vous-même, vous avez probablement déjà rencontré
des gens manifestant une joie immense juste en prenant une décision
(en la prenant vraiment, en la prenant enfin). Non encore manifestés,
les effets de leur décision les remplissent de joie ici et maintenant
– et c’est sûr qu’ils se manifesteront ! De
fait, Il se pourrait que nous ne maintenions pas l’expérience
proposée plus d’une fraction de seconde.
Alors, ne nous racontons pas d’histoires, ne nous racontons plus
d’histoires : souvent, ça n’est pas vrai que nous
voulons ceci ou cela, nous ne voulons que réagir. Nous voulons
de quoi réagir et nous le trouvons, nous nous l’attirons
tout aussi facilement que nous nous attirons le « bon »
ou que nous nous l’attirerons quand nous y « consentirons
» vraiment.
Y CONSENTIR VRAIMENT est « plus facile à
dire qu’à faire », je vous l’accorde ! Mais
reconnaître cette difficulté est un bon début. Et
ce mot, « consentir », est magnifique. Ça n’est
plus désirer, envier, revendiquer, prétendre, ça
n’est même plus vouloir, mais, comme le dit le dictionnaire,
c’est « accepter qu'une chose se fasse, ne pas l'empêcher
». SE permettre le bon demande de cesser de s’en croire
indigne, demande de découvrir, en effet, que l’on s’en
croit indigne. Justement, c’est à cause de cette croyance
auto-accusatrice inconsciente que nous ne pouvons que réagir
comme nous le faisons (sans savoir bien entendu que la réaction
renforce la croyance).
En réalité, dans un grand nombre de cas, nous ne sommes
donc pas à la recherche d’un « ressenti plaisant
», mais nous résistons au ressenti présent au moyen
des diverses réactions évoquées précédemment.
Nous plaquons ailleurs notre attention (sur ce que l’on veut/voudrait,
sur les reproches à autrui et/ou à soi-même, sur
des activités compensatrices). La transformation demande de confronter
ce ressenti, de Le laisser surgir et le chemin est la disposition à
accueillir pleinement l’instant présent. Tout s’y
trouve. Ce qui doit être connu, ressenti s’y révèle.
Les chagrins viennent se dissoudre et les aspirations profondes se faire
connaître…
Je veux insister : réagir à un problème est une
chose (elle est bien compréhensible) et vouloir le résoudre
est TOUT À FAIT AUTRE CHOSE. Ce point est fondamental
: beaucoup croient témoigner de leur disposition à dépasser
leurs conflits quand ils y réagissent (s’en plaignent,
se fâchent peu ou prou…). Réagir à son problème
est y tenir, s’y cramponner, le maintenir. IL FAUT LE
SAVOIR !
Et tout le monde réagit de même dès lors que son
conflit existentiel est réactivé. C’est dire qu’il
n’y a pas lieu de se juger, de se reprocher un tel positionnement.
Le reconnaître simplement est commencé à en sortir,
à le lâcher, à lui préférer la conscientisation,
la conscience. La découverte de ses attitudes réactionnelles
est un des plus beaux cadeaux que peut se faire quiconque aspire à
faire une différence heureuse dans sa vie. La réaction
lâchée, le calme retrouvé, tout devient possible,
le meilleur est accessible, l’épanouissement prend place.
A
partir de ces quelques réflexions, délivrées selon
l’inspiration du moment, sentez-vous libre de questionner, d’exprimer
vos éventuelles incompréhensions, de communiquer avec
moi :
infos@geoffroyrobert.com
Et pour développer d’autres sujets, j’examinerai toute demande avec
le plus vif intérêt.
Dans le partage,
Robert Geoffroy
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