| Un
point de vue ajusté admet le regard qui transforme
(Robert Geoffroy).
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Monique
écrit et demande :
« J’ignore si vous avez, par le passé, traité
de la prière et des effets qu’on lui prête, notamment
qu’elle serait « la plus puissante des actions ».
Je souhaiterais connaître votre point de vue sur cette affirmation
et si vous la partagez, quelle explication en donnez-vous ?
Est-ce la force de conviction de la personne qui prie, invoque, exige
(de son dieu si elle est croyante) qui agit ou des lois naturelles que
nous méconnaissons ? ou que peut-être vous connaissez ?
Je cherche à comprendre si on le peut… »
Précisons d’abord que la prière est avant tout une
communication spirituelle avec le Divin, une ouverture du cœur
au Divin, pourrait-on dire, qu’elle manifeste une qualité
de présence, et qu’elle ne se limite pas aux demandes.
Elle peut simplement être une expression d’amour ou de gratitude
(par exemple). La question de Monique semble porter sur la prière/demande
(demande éventuellement « exigence ») et je peux
proposer quelques points de vue personnels (qui n’engage que l’inspiration
du moment).
Des personnes déplorent ou simplement constatent que leurs prières/demandes
ne sont pas entendues ; d’autres se moquent de la prière
en déclarant que prier ne sert à rien ; d’autres
encore rendent grâce de ce que leurs prières soient exaucées…
Avant de n’être qu’une demande ou une répétition
machinale de paroles lues ou apprises par cœur, quand la prière
est cette ouverture évoquée dans la première définition,
on est dans cet état de présence dont nous parlons depuis
quelques mois. On est ouvert, donc présent, avec une intention
particulière : celle d’être dans l’amour, celle
d’être dans la gratitude, celle de réaliser quelque
chose… La prière/demande qui n’émane pas d’une
telle présence « ne peut être entendue ». En
réalité, elle n’est pas entendue, parce qu’elle
n’est pas ressentie, ni vraiment formulée ou que ce qui
est « entendu », c’est une autre « demande »
(une attente contraire) qui demeure à l’arrière-plan.
Ce que j’explique ci-après vaut aussi bien pour la pratique
de la prière que pour celle de la visualisation. Intéressons-nous
d’abord à la demande, au fait de demander ou même
au fait de ne pas demander.
Dans nos relations ordinaires, comment vivons-nous la demande ? Certains
souffrent, s’indignent parfois de ce qu’on ne réponde
pas favorablement à leurs demandes sans même réaliser
qu’ils ne les ont pas formulées (sinon pas clairement,
pas directement). Certains « font des demandes » en suggérant
une réponse a priori, négative bien entendu : «
Tu ne peux pas me prêter d’argent ? », « Tu
n’as pas le temps de m’aider, j’imagine ! »,
« Tu ne sais pas où je pourrais me procurer … (ceci
ou cela) ? »
Vous pourriez douter que cela soit révélateur, mais je
vous assure que les gens qui obtiennent aisément des choses importantes
qu’ils demandent ne s’expriment pas de la sorte. Et je ne
dis pas que la « solution » réside dans un choix
de vocabulaire. En fait, si l’on formule ainsi ses demandes ou
si l’on ne les formule pas du tout, c’est qu’à
l’arrière-plan, on conserve la croyance que l’on
obtiendra pas ce dont on a besoin ou envie. Et cette croyance (généralement
inconsciente) dicte la manière dont nous demandons et constitue
la « vraie demande », très puissante : « Ne
me donne pas ». Et ça marche toujours, toujours, toujours
! Nous avons le pouvoir insoupçonné de faire de notre
existence ce qu’elle est.
Ce ne sont là que quelques éléments qui évoquent
ce que peut être notre positionnement ordinaire par rapport à
nos propres demandes. Il est important de considérer ce positionnement,
de le reconnaître, car profondément ancré en nous,
il demeure pareillement actif qu’il s’agisse de nos demandes
à nos proches ou au Divin à travers la prière.
N’êtes-vous pas porté à répondre favorablement
davantage à quelqu’un qui vous demande une chose de façon
claire et directe plutôt qu’à quelqu’un qui
hésite ou qui vous le quémande ? Si vous hésitez,
« quémandez » (par exemple), quand vous demandez,
vous le faites encore quand vous priez. Vous continuez de croire que
vous ne recevrez pas et par votre seul pouvoir, qui est immense, vous
ne recevez pas, en effet ! Si la peur de déranger ou de la culpabilité
limite vos demandes à vos proches, ne croyez pas que cette culpabilité
a disparu quand vous « priez Dieu ». Et la croyance cachée
« je ne recevrai pas » continue d’agir malgré
vos demandes tentées, qu’elles soient faites (j’insiste)
à l’un de vos proches, à l’univers ou à
« votre Dieu » dans vos prières.
Contemplez cette parole biblique : « Tout ce que vous demanderez
dans la prière, croyez que vous l’avez déjà
reçu ; cela vous sera accordé ». Ne suggère-t-elle
pas la présence en vous de la croyance contraire ? Comme il ne
s’agit pas d’une question de vocabulaire (je le répète),
mais de conscience, je vous propose de transformer un peu cette parole
: « Quant à ce que vous demandez dans vos prières,
vérifiez si vous ne vous attendez pas au fond à ne pas
recevoir ».
les croyances/obstacles présentes pour s’en libérer
graduellement. Libre de ces dernières, pour peu qu’une
demande soit juste ou qu’elle demeure, elle est parfois exaucée
avant même que d’avoir été formulée.
Notre « problème » n’est pas de ne pas avoir/recevoir
ceci ou cela, de ne pas vivre une guérison, de ne pas atteindre
tel objectif, mais de croire que l’on en est pas digne, que jamais
on ne recevra (et plus encore d’ignorer ces croyances ou leur
impact).
Pour illustrer un peu cela, pensez au fait « d’espérer
une chose ». « J’espère…, mais…
». C’est à vrai dire ce que révèle
un espoir et le « mais » est une peur, une croyance qui
gagne aussi longtemps qu’elle n’est pas reconnue et acceptée
comme telle (non plus comme une vérité, une certitude).
« La prière, la plus puissante des actions »
? Cela peut n’être qu’une formule ! Toute action
devient puissante, puissamment efficace, quand elle est inspirée.
Monique a encore écrit (pour préciser son questionnement)
:
« L'affirmation évoquée, pour laquelle je souhaitais
connaître votre point de vue, concerne la puissance de la prière.
Comment peut-il être possible d'affirmer qu'elle serait la plus
puissante des actions?
n'est-ce pas encourager l'inaction, la passivité devant les événements,
le manque de réactions, la fuite et le refus de s'engager dans
la vie en société?
Vivre en ermite, dans la prière quasi incessante et la contemplation
serait-ce vraiment plus efficace que toutes les autres activités
? »
Qui va, qui peut inviter autrui à vivre en ermite ? Maintenant,
si c’est l’élan, le choix d’une personne, qui
serais-je pour juger un tel choix ? Ici, la seule question qui pourrait
importer serait : « Ai-je le goût de vivre en ermite, dans
la prière permanente ? »
Par ailleurs, je sais que je dois à des instants plus ou moins
prolongés de présence consciente d’avoir soudainement
ressenti l’envie de poser un acte, donc d’agir, ou simplement
d’exprimer quelque chose à quelqu’un (ce qui se révèle
encore être agir). Autrement dit, la pratique mentionnée
est tout sauf une invitation à l’inaction, à la
passivité, au désengagement. Et ici, aucune action, aucun
engagement n’est dicté par une autre autorité que
soi-même. De plus, ces actions sont justes, ajustées, alors
qu’ordinairement, soucieux peut-être de ne pas rester sans
rien faire, nous ne faisons que réagir. La réaction à
une chose que l’on veut modifiée la pérennise et
l’empire même. Je doute qu’une des réponses
à la prière ne puisse pas aussi être une invitation
à l’action…
Quand une intention claire est pleinement ressentie, jusqu’à
en ressentir de la joie, voire de la gratitude, son accomplissement
ou quelque chose d’heureux ne tarde pas à se produire.
Cela ne fait pas appel à l’exigence. S’il y a exigence,
c’est encore qu’il y a une croyance contraire à l’attente
affirmée. Et l’on peut vérifier que ce qui a été
obtenu sous une forme de contrainte ne contente pas le demandeur de
façon durable. C’est pourquoi une exigence à peine
satisfaite en fait naître une nouvelle. Et c’est sans fin
! (Ainsi, d’ailleurs, bien malheureuse est la personne qui répond,
soit-disant pour « avoir la paix », aux exigences d’une
autre !).
Maintenant, quant à savoir ce qui est à l’œuvre,
sa force de conviction ou celle des lois naturelles, quand une prière
est exaucée, je l’ignore personnellement. Simplement, j’observe
que le bon qui m’arrive dans la vie est généralement
précédé d’une disposition à le vivre
qui n’est pas entachée de peur, de culpabilité,
ni même d’attentes (l’attente est elle-même
révélatrice de peur).
J’observe aussi l’interaction de nos liens avec le monde,
avec l’univers, qui fait que tout concourt « partout »
à me donner à vivre ce que je vis. Je crois que nous créons
notre réalité (incluant celle du monde collectivement)
à partir des énergies que sont la peur et l’envie.
Je crois aussi, quand ces deux énergies s’entrechoquent
face à une même « intention », que la plus
forte gagne et que c’est souvent la plus inconsciente. Mais n’est-il
pas mieux ou suffisant, plutôt que de comprendre « comment
ça marche », de savoir que « ça marche »
?
A
partir de ces quelques réflexions, délivrées selon
l’inspiration du moment, sentez-vous libre de questionner, d’exprimer
vos éventuelles incompréhensions, de communiquer avec
moi :
infos@geoffroyrobert.com
Et pour développer d’autres sujets, j’examinerai toute demande avec
le plus vif intérêt.
Dans le partage,
Robert Geoffroy
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