LA CHRONIQUE DU MOIS – N° 4
Février 2006

Un point de vue ajusté admet le regard qui transforme
(Robert Geoffroy).

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Suivant l’inspiration de l’instant où j’écris, je choisis ce mois-ci d’apporter ici quelques éléments de réponse à des interrogations qui me sont régulièrement présentées. Les questions ne sont pas toujours posées de façon claire, mais nous pouvons les résumer comme suit :

« Pourquoi est-ce que je vis toujours ce même problème ? Pourquoi mes relations sont-elles toujours compliquées (ou insatisfaisantes) ? Après tant d’années de thérapie, pourquoi suis-je toujours aussi mal dans ma peau ? Pourquoi est-ce que je ne parviens toujours pas à obtenir ce qui me tient à cœur ? »

Précisons que beaucoup endurent des conditions de vie difficiles sans jamais se poser de questions. Mais ces personnes-là ont peu de chance de lire ces lignes !… C’est dire que votre propre intérêt à vous y arrêter témoigne de votre disposition à vous ouvrir au mieux-être. Bravo ! Et si beaucoup jamais ne demandent d’aide, d’autres le font quand ils sont dans l’urgence (en proie à une terrible angoisse, au bord de la faillite, du suicide). Quelque chose est là à faire, bien sûr, mais la circonstance n’est pas propice à la conscientisation, aux prises de conscience transformatrices.

Qu’il s’agisse de conflits relationnels ou de préoccupations diverses, appelons « problème » la situation qui vous éprouve encore et encore et voyons quelques obstacles qui peuvent empêcher sa solution. A vous de vérifier lequel pourrait vous concerner. Et nous pouvons être confronté à plusieurs de ces obstacles !

Certaines personnes demeurent trop longtemps convaincues que leur problème est sans solution, que la solution, possible pour d’autres, n’est pas pour elles ou encore qu’elle finira bien par arriver sans implication de leur part.

Mais la personne qui se questionne est nécessairement moins concernée par ces premiers obstacles-là.

Votre problème est source de « souffrance », c’est entendu ! Une chose qui ne fait pas « mal » n’est pas un problème (au sens ici assigné et précisé ci-dessus).
Mais que pensez-vous à propos de ce problème ? Considérez-vous que sa cause est indépendante de vous ? Selon mon point de vue, cela serait un obstacle majeur, le vôtre…

Croire que la cause à notre problème est à l’extérieur de nous nous laisse croire en outre, si nous pouvons faire disparaître le problème, que tout ira bien ensuite. La personne qui quitte brutalement son emploi, pour fuir les difficultés auxquelles il la confronte, en retrouve un autre où elle revit bientôt les mêmes difficultés…

Quelle qu’elle soit, cette chose « problème » qui vous affecte demeure une re-présentation d’une vieille histoire que vous avez « oubliée », d’une blessure non guérie, et cette re-présentation vient seulement re-stimuler de la douleur que la vieille histoire inachevée à laissée enfouie en vous.

Pouvez-vous reconnaître que ce que vous fait éprouver le problème vous est assez familier ? Percevez-vous que vous avez déjà enduré cela, voire souvent, avant et bien avant que ce nouveau problème ce présente à vous ? Ce ressenti est la re-stimulation, cela qui est re-stimulé, qui se rappelle à vous. C’est en quelque sorte de la douleur qui a besoin d’être reconnue, pleinement ressentie…

Un autre obstacle est la résistance à cette douleur, le refus du problème. Il suffit de reconnaître, d’accepter cette résistance pour faire une différence heureuse, pour approcher la solution.
Nous manquons de l’acceptation/accueil et nous franchissons un nouvel obstacle, ou bien quand nous pouvons accepter le problème, ou bien en acceptant véritablement notre résistance au problème. Là où il y a véritable acceptation – et peu importe de quoi – il y a aussi transformation…

« Je sais bien que mon problème tente de me dire quelque chose, qu’il est l’effet de quelque chose qui m’appartient, mais je ne perçois pas mon erreur, ma faute ! »

Croire a priori que vous êtes en faute est peut-être le pire de tous les obstacles : vous confondez « cause » et « faute ». La cause est en soi, dis-je, et cette cause peut être, par exemple, le fait de se croire coupable, à tort !…
Non seulement cette croyance est une douleur inutile, mais elle ne vous invite pas à regarder en vous (un double obstacle)…

« Mais je réussis bien des fois à voir les choses de façon positive, de me sentir beaucoup mieux un certain temps et, ça ne manque pas, le problème revient bientôt à la charge. »

Oui, nous avons développé la capacité à nous faire croire autre chose que ce qui est, à trouver des soulagements compensateurs, des « trucs », mais ce qui n’est pas fait, pas achevé devra l’être un jour ou l’autre, et voilà encore un obstacle -- l’usage de « béquilles » : positiver de façon inappropriée, fuir dans la prière, consommer drogues, alcool...

« Je connais bien mes problèmes, leur origine, ce que j’ai enduré enfant, et pourtant, je ne parviens pas à me défaire d’une insatisfaction persistante. »

Voilà encore un obstacle, possible, un autre piège ! Croire savoir est souvent ne pas savoir qu’on ne sait pas. Nous savons beaucoup de choses nous concernant, bien entendu, mais nous nous gardons bien, longtemps, de regarder là où « ça fait mal ». Et c’est compréhensible !
Savoir est une chose, ressentir en est une autre. Pour ce faire, nous pouvons avoir atteint un point où nous avons besoin d’aide, et ne pas le reconnaître ou ne pas se le permettre pourrait représenter un dernier obstacle.

Pour un instant, pouvez-vous considérer votre problème, l’avoir à l’esprit, juste le contempler ? Pouvez-vous faire cela ? L’intérêt serait pour vous de percevoir comme une distance entre le problème et vous-même, réaliser que vous n’êtes pas le problème, découvrir donc que vous vous étiez inconsciemment identifié au problème. Vous êtes ce que vous croyez être, ce que vous croyez est vrai pour vous, et si vous êtes le problème, comment allez-vous le résoudre ? Quel obstacle, n’est-ce pas ?

Quand quelque chose ne va pas dans notre vie, quoi que ce soit, il est utile de le reconnaître. « Oh, mon problème me perturbe bien trop pour que je ne puisse pas le reconnaître ! »
Il nous faut faire la différence entre « reconnaître son problème » et « en souffrir ».
Reconnaître son problème permet la distance évoquée précédemment et en souffrir maintient l’identification inconsidérée.

Face à ce qui ne va pas, avec humilité, reconnaissons que nous demeurons effet de quelque chose qui nous dépasse encore, quelque chose que nous n’avons pas encore perçu, compris ; c’est une histoire inachevée. Cette reconnaissance nous redonne du pouvoir, de la puissance, nous place sur les rails de la transformation. Nous redevenons cause, acteur.

Nous allons ainsi découvrir ce qui encombre notre conscience : de la culpabilité, de la honte, une croyance auto-accusatrice, une peur, une douleur profonde, un comportement réactif, un besoin que nous frustrons…
Ce qui encombre est à enlever, en fait à défaire, à dé-créer, et nous avons souvent besoin d’un coup de mains ! Mais nous pouvons comprendre qu’il nous faut d’abord reconnaître, donc connaître ce qui est à dé-créer.

Et notre conscience désencombrée, nous pouvons choisir de la « meubler » à notre convenance, de créer ce qui est juste pour nous. Cela nous est d’autant plus accessible que nous n’y découvrons pas seulement des peurs et des croyances pernicieuses, mais aussi d’heureuses dispositions et aptitudes. Elles sont déjà là, dans notre conscience – tout y est – et elles « attendent » seulement notre reconnaissance et notre disponibilité.

A partir de ces quelques réflexions, délivrées selon l’inspiration du moment, sentez-vous libre de questionner, d’exprimer vos éventuelles incompréhensions, de communiquer avec moi :

infos@geoffroyrobert.com

Et pour développer d’autres sujets, j’examinerai toute demande avec le plus vif intérêt.

Dans le partage,

Robert Geoffroy

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