| Un
point de vue ajusté admet le regard qui transforme
(Robert Geoffroy).
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Face à ce qui ne va pas, avec humilité, reconnaissons
que nous demeurons effet de quelque chose qui nous dépasse encore,
quelque chose que nous n’avons pas encore perçu, compris
; c’est une histoire inachevée. Cette reconnaissance nous
redonne du pouvoir, de la puissance, nous place sur les rails de la
transformation. Nous redevenons cause, acteur.
Ces mots concluaient la chronique du mois dernier (02/06). La rédigeant,
j’ignorais que des échanges, questions et circonstances m’inviteraient
à continuer de développer ce thème. C’est donner des éléments de réponse
à une double question : à quoi tient le mal de vivre et/ou les problèmes
en tous genres dans notre existence ? Et est-il juste de s’en préoccuper
? D’abord, regardons un peu cette dernière question moins insolite qu’il
n’y paraît !
Enfant et adolescent, j’ai vu mes parents endurer leurs conditions
de vie difficiles sans jamais envisager la moindre possibilité
d’un « autre chose ». Personnellement, si j’ai
cru à cet « autre chose », jusqu’à le
rencontrer, j’ai fini par découvrir l’impact résiduel
persistant sur moi du positionnement familial, générationnel,
culturel… Par exemple, il m’a fallu atteindre 35 ans pour
reconnaître mon besoin d’avoir une maison avec un jardin,
40 ans pour m’autoriser l’activité professionnelle
que j’avais considérée définitivement inaccessible
pour moi…
Sommes-nous conscient de conserver en nous, en lien fidèle à
nos modèles, des « il faut faire avec », «
mieux vaut faire avec », « il y a pire que moi »,
« j’ai déjà beaucoup de chance » ?
Parfois, n’allons-nous pas jusqu’à chérir
nos limites ou maladies, au point de s’y accrocher ? Reconnaître
ce possible positionnement est peu aisé et demande un minimum
de distance. Interviewée par Jacques Chancelle, je me rappelle
une poétesse aveugle qui glorifiait sa cécité et
qui pour rien au monde, disait-elle, n’aurait voulu recouvrer
la vue. Pourquoi pas ?
J’émets cependant l’hypothèse que les problèmes
et contrariétés de tous ordres constituent des signaux
qu’il est intéressant, sinon fort utile et parfois urgent,
de prendre en compte. Et dans l’urgence, justement, c’est
devenu plus délicat, parfois trop tard. La prise en compte d’un
« signal » requiert sa pleine acceptation.
C’est en commençant à accepter enfin ma cécité
que j’ai pu découvrir ce qu’elle avait à me
révéler. Et c’est de la sorte qu’elle constitue
une sorte d’aubaine à laquelle il serait toutefois inutile,
voire néfaste, de demeurer attaché de façon compulsive.
Inconsciemment identifié à notre conditionnement (ici
la cécité), douloureux ou non, se croire la chose, se
croire être la chose empêche quelque transformation ou guérison.
Me croyant mon rôle, mon handicap, ma maladie, l’évocation
de sa disparition est reçue comme l’annonce de «
ma » disparition. Et si la chose est sublimée, plus de
salut possible !
Il convient de ressentir la différence entre cette « sublimation
» qui repose sur un déni avec la pleine acceptation consciente.
La première révèle un attachement compulsif pénalisant,
la seconde permet une identification consciente transformatrice.
Vivre son problème comme une seconde nature repose essentiellement
sur l’ignorance et, comme le dit Claude Portais, « c’est
la connaissance qui libère, non pas l’ignorance ».
Souvent ou trop longtemps, nous ne savons pas que nous ne savons pas,
que nous sommes ignorant. Simplement considérer cela pourrait
nous offusquer alors que savoir que nous ne savons pas est la porte
grande ouverte sur la connaissance.
Percevez bien que la cécité mentionnée ici n’est
qu’un exemple et qu’il convient d’ajuster les suggestions
à votre propre handicap, à votre propre problème
ou condition éventuellement indésirable. Une chose déplorée
ou déplorable signe toujours l’existence dans notre conscience
d’une histoire inachevée, d’un conflit non résolu.
Résoudre son problème – d’abord dans la manière
qu’il nous affecte – ou atteindre tout autre objectif demande
les aptitudes à être effet et à être cause.
- Être effet est l’aptitude à recevoir, à
se laisser atteindre, à ressentir ;
- Être cause est l’aptitude à percevoir, à
atteindre, à agir.
Le jeune enfant qui a un gros chagrin, qui le pleure, parce que son
petit copain ne veut plus jouer avec lui, est en train d’exprimer
son ressenti, celui dont il est effet dans l’instant. Sa possibilité
d’être effet de la peine présente explique sa capacité,
quelques minutes plus tard, à retourner jouer tout joyeux.
En toutes circonstances, quand vous prenez les choses en mains, quand
vous prenez des décisions, quand vous passez à l’action…,
vous êtes cause.
Ne pouvant pas être effet de notre problème (« le
ressentir », à ne pas confondre avec « en souffrir
»), nous cherchons à en être cause en y résistant
ou en s’y résignant. Mais nous sommes alors effet inconscient
de cela !
Ne pouvant pas être cause de notre besoin (« agir »,
à ne pas confondre avec « ré »agir »),
nous cherchons à être effet d’une hypothétique
satisfaction. Et nous demeurons alors cause inconsciente d’une
vaine et perpétuelle attente !
Enfant, par les attentions, les câlins, les cadeaux que vous avez
reçus, quand vous étiez porté (pris dans les bras),
soigné…, vous appreniez à être effet (à
recevoir).
Enfant, quand vous touchiez à tout, sautiez sur les genoux de
quiconque, alliez à la découverte des choses, des gens,
du monde, vous appreniez à être cause (à percevoir).
Alors, avez-vous appris cela ? Qu’avez-vous reçu ? De quoi
avez-vous été effet (en réalité) s’il
vous est aujourd’hui difficile de recevoir ?
Et que se passait-il pour vous quand vous « alliez en avant »,
quand vous « sautiez de joie », quand vous tentiez de nouvelles
expériences ? Quel message avez-vous là reçu (en
réalité) s’il vous est aujourd’hui difficile
d’exister, de prendre votre place ?
La pérennité de nos conditions de vie difficiles, la re-présentation
dans notre existence des mêmes conflits, des mêmes histoires
pénibles dit notre difficulté à être (enfin)
effet d’une vieille blessure parfois insoupçonnée.
Et si nous ne pouvons pas être effet, encombré que nous
demeurons alors, nous ne pouvons pas davantage être cause, notamment
pour combler nos aspirations profondes.
Oui, guérir, résoudre un problème, rencontrer l’âme
sœur ou se sentir aimer parlent encore de l’aptitude à
recevoir (être effet).
Oui, émettre des intentions, réaliser des objectifs, se
faire de nouveaux amis parlent de l’aptitude à percevoir,
à donner (être cause).
Rappelons-nous que ça n’est jamais tout ou rien : nos difficultés
ponctuelles ou limitées à certaines sphères relationnelles
ou personnelles à être, tantôt effet, tantôt
cause, n’excluent pas que nous puissions parfois (ou souvent)
agir et ressentir de manière utile, efficace.
Recevons de ces expériences plus heureuses un soutien pour aborder
notre existence, ce qui parfois l’encombre pour le défaire
et ce que nous voulons faire naître.
Prêter attention à ces informations peut être d’une
grande aide pour comprendre en partie la persistance de certaines de
nos conditions indésirables et la difficulté à
atteindre certains de nos objectifs.
C’est voir, savoir où nous en sommes et ce savoir est de
la connaissance qui libère.
A partir de ces quelques réflexions,
délivrées selon l’inspiration du moment, sentez-vous
libre de questionner, d’exprimer vos éventuelles incompréhensions,
de communiquer avec moi :
infos@geoffroyrobert.com
Et pour développer d’autres sujets, j’examinerai toute demande avec le
plus vif intérêt.
Dans le partage,
Robert Geoffroy
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