| Un
point de vue ajusté admet le regard qui transforme
(Robert Geoffroy).
(Si
vous souhaitez vous abonner à la « chronique du mois », un simple message
vide suffit avec pour objet « abonnement chronique » à : infos@geoffroyrobert.com.
Et pour vous désabonner, à la même adresse, écrivez
dans l’objet « désabonnement chronique ».)
Des lecteurs de la précédente
chronique m’ont fait part de l’une de leurs observations,
observation que j’entends régulièrement à
la fin des consultations que je donne. « Maintenant (après
lecture ou séance), je me sens bien, complètement ragaillardi,
et je sais bien que dans quelques heures ou quelques jours, je vais
retrouver mon malaise habituel. Je ne crains pas cela dans l’instant.
C’est juste que ça se passe toujours ainsi. Et pourquoi
?». Je remercie Jérôme d’avoir davantage attiré
mon attention sur ce phénomène que nous connaissons tous.
Ce seul phénomène mérite bien qu’on lui consacre
toute une chronique. Voyez si elle vous éclaire !
IL y a en effet qu’on se voit basculer assez régulièrement
d’un état de paix, de dynamisme ou de satisfaction dans
un état de frustration, de mécontentement ou même
de dépression. Il y a en tout cas le basculement. Dire qu’on
le voit est un peu excessif ! Si on le voyait vraiment, peut-être
s’y laisserait-on prendre avec moins de facilité ou de
régularité. Tout est merveilleux, tout va pour le mieux
et, soudainement, c’est « la fin du monde ». On finit
par se requinquer et très vite, trop vite, la mauvaise humeur
a regagné le terrain une fois de plus. N’est-ce pas ce
que nous connaissons tous ? On peut bien avoir la réputation
d’une personne toujours d’humeur égale, l’équanimité
déserte souvent notre coeur en réalité !
D’abord, il convient de souligner qu’il n’y a rien
d’étonnant à traverser des hauts et des bas de façon
alternative et répétitive. Les opposés semblent
constituer l’univers : le jour et la nuit, le chaud et le froid,
l’été et l’hiver, la naissance et la mort…
les hauts et les bas… Il n’est pour autant pas naturel de
faire durer les bas, ni de les dramatiser. Même ceux à
qui la prospérité est familière connaissent des
périodes d’accalmie ou de marasme. Moins ils résistent
à ces temps de baisse et plus vite ils retrouvent leur essor.
Auteurs, compositeurs, poètes, peintres, tous les artistes ne
demeurent pas toujours pareillement inspirés. Pouvons-nous accepter
ces moments plus arides qui se présentent à nous ?
Que nous le voulions ou non, que nous en soyons conscients ou non, notre
bagage mental et mémoriel est notamment constitué de croyances
et de dispositions émotionnelles qui nous sont néfastes.
Les circonstances malheureuses déplorées dans notre vie
(les bas) pourraient être autant d’occasions à saisir
pour conscientiser et relâcher ces encombrants « souvenirs
». La manière dont nous vivons les choses éclaire
nos croyances, nos interprétations et nos réactions émotionnelles
auxquelles nous pouvons renoncer désormais et pour notre plus
grand bien. Il est là question de nos blessures non guéries.
De façon plus spécifique, tentons de percevoir ce qui
peut se passer au moment même où s’opère le
basculement mentionné plus avant. Nous sommes en paix, enthousiastes
ou même pleins d’amour, et parfois, l’affaire d’un
instant nous plonge dans un grand désarroi ou une profonde angoisse.
« L’affaire d’un instant », dis-je. Quelle est
cette « affaire » ? Elle représente manifestement
un élément majeur. De temps en temps, c’est un événement
extérieur qui se produit, mais le plus souvent, l’affaire
est seulement une pensée, une pensée subie. On se dit
quelque chose (quelque chose qui fait mal) et l’on flanche.
Ce qui suit vous arrive-t-il parfois ? Vous êtes seul chez vous,
vaquant à quelque activité, ou même la nuit au calme
dans votre lit, et vous vous sentez bien pour vivre soudainement un
changement d’humeur plutôt désagréable. Si
ce n’était à une pensée qui vous a traversé
l’esprit, à quoi d’autre pourriez-vous donc attribuer
ce changement ? Méfiez-vous de vos pensées, elles ne sont
pas « toujours » amicales… envers vous-même
! Admettez que vous vous dites quotidiennement des choses, que vous
vous laissez traverser par des pensées qui vous font plus de
mal que de bien. On ne fait pas cela sans raison, mais on le fait bel
et bien !
Or, même quand c’est un événement extérieur
qui a semblé vous bouleverser, c’est toujours une pensée
qui est en réalité en cause. Nous vivons tous des choses
similaires, nous entendons tous plus ou moins les mêmes informations
(ce qui concerne la crise par exemple) et pourtant, nos réactions
sont rarement complètement identiques. Seules nos pensées
font la différence. Et certains demeurent impassibles quand d’autres
se laissent envahir par l’anxiété. Bref, nous pouvons
retenir que le basculement d’un état émotionnel
dans un autre est causé / permis par la pensée, par des
pensées.
Précisons sans tarder que les pensées en cause sont essentiellement
des interprétations, dictées par nos vieilles croyances.
Avec la croyance que vous risquez sans cesse de vous faire avoir, vous
allez avoir bien du mal à ne pas interpréter certains
échanges relationnels comme des manifestations abusives. Prenons
un autre exemple : face à une même demande, deux personnes
obtiennent un « non ». Imaginez que la première de
ces deux personnes a généralement et fortement peur de
se faire jeter. D’après vous, accueille-t-elle le non comme
la seconde ? Percevez que son malaise spécifique sera dû,
non pas à la demande non satisfaite, mais à son interprétation
de la situation. Elle pourrait découvrir sa vieille croyance
autoaccusatrice « je suis rejetable » qui lui inspire tant
d’interprétations qui la laissent si mal.
Certes, toute demande suivie d’un non peut laisser un besoin momentanément
insatisfait. Cependant, il sera plus facile de continuer de s’occuper
utilement de ce besoin en n’étant pas sous l’effet
émotionnel d’une interprétation de la première
réponse négative. La pensée qui cause le basculement
émotionnel est donc généralement une interprétation.
Ajoutons que nous ne savons « jamais » rien de la véracité
de cette interprétation. Pire, mon expérience me montre
qu’elle est fausse dans la plupart des cas. Chose intéressante,
à l’interprétation qui nous blesse, on peut s’amuser
à en opposer bien d’autres tout aussi plausibles, voire
plus réalistes.
Pour basculer dans le mal de vivre, on se met à penser, à
interpréter des choses. Mais à quoi cela revient-il finalement
? Que se passe-t-il dans le moment qui précède le basculement
et qui ne se passe plus ensuite ? Ensuite, justement, que se passe-t-il
? Quand tout va bien, quand vous vous sentez bien, se peut-il que vous
vous trouviez plus ou moins dynamique, plus ou moins entreprenant, souvent
actif ? Quand la frustration ou la culpabilité vous a à
nouveau gagné, se peut-il que vous ayez perdu du goût des
choses, que vous attendiez que ça se passe ou je ne sais quoi
d’autre, que vous pensiez à d’autres fautifs (donc
d’autres responsables que vous) ?
Eh bien, dans le premier cas, heureux, vous êtes dans l’exercice
de votre pouvoir, dans la joie de le vivre, dans la joie de la vie ;
vous êtes votre propre maître. Dans le second cas, vous
avez abandonné votre pouvoir à l’extérieur,
à d’autres, au monde physique ; vous êtes «
devenu » « victime ». Si ce que je vis est de la faute
d’un tel, de ceci, de cela, c’est un tel, ceci ou cela qui
a le pouvoir. Le basculement émotionnel est une passation de
pouvoir. On passe sa vie à renoncer à son pouvoir ou à
le transmettre et, de temps en temps, à se le réapproprier.
Réapproprions-nous notre pouvoir !
Avez-vous suivi ? Quand vous vous sentez mal, malheureux, c’est
que vous êtes positionné comme si vous n’aviez aucun
pouvoir (ça n’est jamais vrai), comme si l’autre
là-bas avait tout pouvoir, comme celui de vous rendre heureux
(ça n’est jamais vrai). Mais dites-moi, ce positionnement-là
ne vous rappelle rien, ne vous dit rien ? Qui se trouve effectivement
et naturellement dans un état de dépendance qui renvoie
au positionnement que nous venons d’évoquer ? C’est
à l’évidence l’expérience d’un
petit enfant.
Dans la chronique précédente, je parle du phénomène
que j’ai appelé « parentalisation réparatrice
», ce que nous recherchons de façon compensatoire et illusoire.
Ce phénomène a pour corollaire ce qu’il nous faut
appeler « l’auto-infantilisation » préjudiciable.
Quand on bascule dans le malêtre, quand on a abandonné
et transmis son propre pouvoir, on se positionne en tant qu’enfant
démuni ou victime. ON a perdu l’insouciance, la spontanéité
et la joie de vivre de l’enfance (beaucoup d’entre nous
les ont perdu dès le tout-début de leur vie) et l’on
en a conservé des attentes insatisfaites, autrement dit la souffrance.
Au fond, on est souvent l’enfant malheureux, capricieux ou ronchon
et assez peu l’enfant joyeux et insouciant. Reste à savoir
si l’on a été ce dernier enfant un jour. La réponse
est certainement négative pour ceux d’entre nous qui éprouvent
une détresse chronique ou trop récurrente. J’ajoute
ici (je l’ai peu dit) que des personnes sont parfois encouragées
à s’inventer une enfance malheureuse (parfois même
heureuse) tandis que beaucoup d’autres continuent d’ignorer
ou même de nier la leur. Tous se rendent un bien mauvais service.
Les circonstances événementielles de notre prime enfance
sont peu importantes, seul compte ce que nous avons éprouvé.
Nous continuons de l’éprouver !...
Aujourd’hui, permettons-nous de voir tout cela, de le reconnaître
! Pour nous-mêmes, soyons le parent que nous n’avons pas
eu ou accordons-nous généreusement ce qui a pu nous faire
défaut. Renonçons à la honte et à la culpabilité.
Ne cherchons plus « dehors » aucun pardon, accordons-nous-le
enfin !
A
partir de ces quelques réflexions, délivrées selon
l’inspiration du moment, sentez-vous libre de questionner, d’exprimer
vos éventuelles incompréhensions, de communiquer avec
moi :
infos@geoffroyrobert.com
Et pour développer d’autres sujets, j’examinerai toute demande avec
le plus vif intérêt.
Dans le partage,
Robert Geoffroy
Pour consulter les archives de la Chronique du Mois, Cliquez
ici !
|