| Un
point de vue ajusté admet le regard qui transforme
(Robert Geoffroy).
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Lecteur de la chronique, Dominique E. m’adresse un message dont
voici l’extrait retenu pour développer ici la réponse
que je lui ai faite (je rappelle que vous êtes invité à
communiquer autant que vous le souhaitez) :
« …Je suppose que celui qui souffre d'une telle déprime
aura quelques difficultés à repérer le film de
sa vie et finalement à voir, à sentir, qui souffre...,
qui il est.
Questions: dans ce contexte, le fait de pouvoir voir, sentir, ressentir
vraiment (en vérité) qui il est, permet-il de le libérer
de ses souffrances, à supposer
que malgré sa souffrance , il puisse "toucher du doigt"
celui qu’il est, qui il est ? »
Il ne saurait être question de nier cette difficulté, c’est
« dramatiquement » la nôtre ! Parfois, je me demande
si nous avons, fondamentalement, une autre difficulté que celle
de nous rappeler qui nous sommes. Et cet oubli pourrait bien expliquer
toute condition de vie déplorée (déprime ou autres
circonstances).
Il arrive que les médias rapportent qu’une personne amnésique
a été trouvée errant « dans la nature »,
incapable de décliner son identité, son adresse, et parfois
même de prononcer le moindre mot.
Tant que l’on ne retrouve pas l’entourage de la personne
(laissons de côté les supercheries), elle est confiée
à quelque lieu de vie approprié, possiblement à
un tout autre conditionnement pour elle. Et pour elle, n’y a-t-il
pas là le risque que les ennuis « commencent » ?
Ah, si elle pouvait se rappeler qui elle est, d’où elle
vient !
Eh bien, j’émets l’hypothèse que nous sommes
cette personne-là, le « jouet » d’un conditionnement
enduré, que nous ne comprenons pas, auquel nous résistons…
Nous pouvons regarder l’amnésie, ainsi que d’autres
« défaillances mentales », comme la cristallisation
d’un certain déni ordinaire, d’un refus de voir (il
peut être le sien propre, celui de sa généalogie,
ou du monde !)…
Alors, qu’est-ce qui est plus intéressant, plus important,
déplorer la difficulté de nous rappeler qui nous sommes
ou simplement reconnaître, prendre en compte cet oubli probable
?
A pieds ou en voiture, vous est-il déjà arrivé
de vous perdre ? Observez que vous aviez continué de vous égarer,
que vous aviez « empiré les choses », jusqu’à
ce que vous réalisiez que vous étiez perdu ! C’est
l’ignorance qui nous perd, la connaissance nous affranchit…
IL nous arrive parfois de proclamer, après quelque conflit relationnel
: « Ah, je vois. Maintenant, je comprends ! » J’évoque
ces expériences où il y a alors un soulagement, une libération.
Notre proclamation montre bien qu’avant, nous ne voyions pas,
nous ne savions pas, nous ne comprenions pas, ce qui ne nous avait pas
empêché de considérer le pire, de réagir
vivement, de souffrir. Voyez-vous cela, le comprenez-vous ? Voyez-vous
comment et combien « voir » peut faire toute une différence,
avantageuse ? Et Dominique de s’interroger sur les possibles effets
du « voir » et du ressentir ».
De mon point de vue, ces effets sont manifestes, et tentons d’apporter
quelques précisions supplémentaires. « Voir »
est une chose, sentir ou ressentir peut en être une autre :
Qu'il s'agisse de la vision physique ou de la vision spirituelle (intérieure),
un premier effet est identique : je ne peux rien voir sans la possibilité
d'observer une distance entre moi qui voit et la chose vue. On ne peut
rien voir sans cette distance. Et mettre une distance entre soi et
son problème (par exemple, est d'une aide précieuse...
En réalité, il s’agit moins de mettre cette distance
que de juste reconnaître sa réalité.
Concernant le « sentir », la chose devient plus délicate
: qu'est-ce qui est ressenti ? Une sensation, une émotion, une
impression ? Et, autre point, qu'entend-on par "ressentir"
? Cela s'approche-t-il de "voir" ou cela signifie-t-il "éprouver",
"endurer" ? D'ailleurs, la question même posée
par notre ami suggère le besoin de spécifier cela, elle
comporte le terme "souffrir" !
Nous pouvons « souffrir » de la tristesse, donc y être
complètement collé, ou juste la ressentir avec cette idée
de distance évoquée précédemment. Très
souvent, des gens me disent : "Je me sens mal" et ont beaucoup
de difficulté à nommer la chose, à la ressentir
suffisamment pour la dire.
Derrière nos blessures non guéries, nos diverses réactions,
nos conflits non résolus..., se nichent précisément
une charge émotionnelle à laisser émerger, à
libérer enfin, ainsi qu'un ensemble de considérations
(résolutions réactives, croyances/certitudes = contre-intentions)
adoptées lors des circonstances blessantes.
Oui, pour une bonne part, nous devons à notre enfance notre conditionnement
actuel, nos bagages parfois très lourds, des rôles dans
lesquels nous nous impliquons « on ne peut mieux ».
Dites et répétez à un petit enfant que c’est
un trouillard, un bon à rien, un méchant (peut-être
pourriez-vous vous rappeler d’autres étiquettes de ce genre),
il sera bientôt identifié avec le « cadeau »,
enfermé dans ce conditionnement, y compris s’il s’évertue
sa vie durant à tenter de manifester le contraire.
Pour approcher la perception de ce que nous sommes au-delà de
notre conditionnement, il est aidant de découvrir ce que nous
croyons être. Considérez notamment les étiquettes
suggérées à l’instant. De même, nous
croyons être nos « avoirs » (la déprime en
est un), les différents rôles que nous jouons – ce
sont d’autres « avoirs ».
Imaginez un peu quelqu’un dont la profession exige le port d’un
uniforme et qui se présente encore dans son costume en dehors
de ses heures de travail, un instituteur qui passe son temps, le soir
et le week-end, à faire l’école à ses enfants
!…
Ces exemples un peu caricaturaux devraient permettre de donner un sens
à l’énoncé « ce que l’on croit
être ». Après avoir découvert mon identification
avec mon propre « avoir » qu’est ma cécité
et après avoir commencé à la lâcher, j’ai
littéralement transformé mon existence… (Mais les
identifications inconscientes sont multiples, vaste est le conditionnement…)
D’autre part (petite digression), une aide parfois inattendue
que nous pouvons apporter à nos proches que nous savons dans
la souffrance, sinon simplement les écouter quand ils veulent
nous parler, est de nous arrêter à ce que leur détresse
réactive en nous. En pareil cas, qu’éprouvons-nous,
que craignons-nous, que croyons-nous ?…
Nous pourrions avoir bien des conseils à leur donner et il se
pourrait que nous gagnerions beaucoup à les suivre nous-même.
Nous ne sommes pas tenu, cependant, d’écouter des heures
durant des personnes qui ne font que se plaindre, dont la seule attente,
la seule demande indirecte est de l’attention, toujours plus d’attention.
Elles ne le font pas exprès, évidemment, nous pouvons
les comprendre, mais nous devons aussi nous respecter… De plus,
l’attention obtenue, accaparée par une personne qui se
plaint ne lui est d’aucun secours – pire, cette «
aide » l’enfonce dans son mode réactif, empire sa
situation.
Convenons-en, longtemps, pour la plupart d’entre nous, notre nature
essentielle, savoir qui nous sommes ne retient pas notre attention.
Elle est entraînée pour être fixée sur ce
que nous voulons de façon compensatoire, sur ce que nous ne voudrions
pas (plus) ou encore laissée sans maîtrise à la
rêverie ou aux multiples appâts que le monde nous offre
continuellement. Considérons cela avec bienveillance !
Dans la rubrique « Ce que j’ai écrit un jour »,
sur ce site, je vous propose de lire (ou relire) le texte « Expérience
d’éveil ».
A
partir de ces quelques réflexions, délivrées selon
l’inspiration du moment, sentez-vous libre de questionner, d’exprimer
vos éventuelles incompréhensions, de communiquer avec
moi :
infos@geoffroyrobert.com
Et pour développer d’autres sujets, j’examinerai toute demande avec
le plus vif intérêt.
Dans le partage,
Robert Geoffroy
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