LA VÉRITABLE CONSOLATION

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La véritable consolation n’est pas sécher des larmes, mais en accueillir le torrent.
(Robert Geoffroy)

Souvent, la souffrance de l’être humain est seulement l’effet (non regardé comme tel) d’une autre douleur non consolée. Il arrive que des personnes continuent de se sentir inexorablement rejetées, dévalorisées, traitées durement…, alors qu’elles reconnaissent de même recevoir dans leur existence tant de témoignages d’amour et d’appréciation.
Elles ont pu identifier les vécus de l’enfance en cause et, pourtant, rien ne fait taire leur sentiment de manque ou leur frustration. En réalité, elles continuent de se sentir fondamentalement très mal, indépendamment de la nature de la blessure du passé concernée, celle-ci ne servant qu’à tenter de nommer le malaise.

A travers leurs relations de toute nature, ces personnes cherchent inconsciemment (de façon aussi réactive, compensatoire) une réparation, un apaisement, un soulagement qui ne vient jamais ou qui est seulement éphémère.
Dans cette vaine quête, certaines adoptent des comportements sexuels à partenaires multiples, d’autres ne peuvent que fantasmer une relation « idéale », d’autres encore trouvent un(e) partenaire à qui se soumettre ou qui se laisse dominer…
Quand ce n’est pas la recherche illusoire de soulagement qui anime, toute forme de réaction peut être à l’œuvre. Mais toute expression reste, ou bien un don d’amour, ou bien une demande d’amour.

Quel est le besoin de l’enfant qui vit un gros chagrin, qui vient d’être blessé, malmené ? Qu’est-ce qui va l’aider à dépasser ce moment difficile ? Peut-être a-t-il été rabroué par son père, battu ou délaissé par un copain, moqué par un autre, abusé par un adulte (de quelque manière que ce soit), durement ignoré par sa mère qui ne lui est pas venu en aide…
Il est ici hors propos de considérer une « faute », qu’elle puisse être celle de l’enfant ou celle de la personne avec qui il a vécu un conflit. Nous importe seulement ce qui en résulte de façon souvent dramatique. Ajoutons que nous avons tous été concernés à un degré ou à un autre et, aujourd’hui, que nous ne gagnons rien à continuer de nous croire, ou victime, ou coupable.

Dans le pire des cas, le chagrin de l’enfant est accueilli avec de la violence encore. A titre d’illustration, évoquons ces parents qui n’arrêtent de battre leurs enfants que lorsque ceux-ci cessent de pleurer (= de tenter de dire leur douleur). Plus « ordinairement », quand l’harmonie fait défaut, l’enfant n’a personne à qui confier sa peine.

De façon moins tragique, des paroles en rien consolatrices répondent trop souvent aux chagrins des enfants : « Ne pleure plus maintenant, tu es grand ! Ca n’est rien, ça n’est pas grave ! « Ici, c’est tantôt l’impatience du parent qui dicte ces mots, tantôt une bonne intention empreinte de maladresse (et parfois de culpabilité).
Pour faire taire au plus vite la peine qui s’exprime, une distraction peut également être proposée (offrir des sucreries, quelque cadeau ou faveur).
Dans ces diverses situations, l’expression est impossible, empêchée de prime abord ou étouffée dans l’œuf.

« Bah, c’était pas une fille (un gars) pour toi, une de perdue, dix de retrouvées !… » : qui n’a pas, soit tenu pareils propos, soit les avoir entendu tenir à soi-même ou à autrui ?
C’est là un autre exemple représentatif de comment une douleur est souvent reçue et, à vrai dire, comment elle n’est toujours pas accueillie.

Si notre culture « interdit » encore à l’homme (déjà petit garçon) de pleurer, il n’est pas certain que la femme ait davantage accès à ses douleurs profondes, qu’elle s’en permette une pleine expression qui soit entendue. Si ses pleurs sont davantage tolérés, sont-ils pour autant reçus ?
Ainsi, le problème, la souffrance humaine est essentiellement une douleur jamais dite, jamais pleurée, jamais libérée. Les appréciations nombreuses, la reconnaissance valorisante, tous les témoignages d’amour ne guériront aucune blessure aussi longtemps que la douleur qu’elle a laissée n’aura eu droit de cité. Oui, avec amour, c’est le plein accueil de cette douleur qui fera la différence, qui permettra la transformation, qui résoudra enfin le conflit. Cet accueil aimant est la véritable consolation.

Il avait 6 ou 7 ans, il venait de se faire houspiller par son père, il s’était réfugié à l’écart pour pleurer à gros sanglots un chagrin qui semblait intarissable. Je me suis approché et accroupi près de lui, il s’était mis au coin, face au mur, et je lui dis simplement : « Tu veux venir pleurer dans mes bras ? » Toujours en sanglotant, il se retourna, bras tendus pour être porté. Quelques brèves minutes plus tard, il jouait et chahutait avec sa belle insouciance ordinaire et se retrouvait dans les bras de son père.

Le conflit que je ne me rappelle pas est ici sans importance. Remarquable est l’effet produit, immédiat, d’une peine accueillie. L’exemple n’est là que pour rappeler au lecteur tant d’autres qu’il a pu connaître lui-même, dont il a pu être témoin, et, mieux, ses peines à lui jamais considérées, jamais consolées.

Honte et culpabilité abandonnées, le moment venu, il lui sera doux de réaliser qu’il n’a plus autour de lui de « non-accueillant » à déplorer, qu’il avait seulement résisté encore à l’affection, ayant oublié depuis si longtemps qu’elle lui manquait atrocement, et qu’il va désormais pouvoir s’ouvrir au meilleur toujours et partout disponible. La confiance alors retrouvée, son propre accueil de l’amour sera de nouveau stimulé et il vivra l’amour.

A travers vos diverses relations, comme par le biais de dépendances de tous ordres, il se peut que vous recherchiez un réconfort qui n’entame pas durablement une insatisfaction déplorée ou à peine reconnue. Ne vous jugez pas, détendez-vous ! Comprenez-vous, vous n’avez pu agir autrement jusque-là.

Comprenez que votre besoin est la reconnaissance d’une douleur secrète, elle appelle votre attention, votre bienveillance. Quitte à vous faire aider si nécessaire, elle vous demande d’être aujourd’hui pour vous-même le consolateur si longtemps attendu.

NB : De façon magistrale, le Dr Hamer a montré l’impact d’un conflit vécu dans l’isolement, dans la non-expression. C’est un de ces ressentis terrifiants qui se cachent derrière toute somatisation. C’est ainsi que la maladie n’est rien d’autre que ce que le « mal a dit ».

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